Une épidémiologie préoccupante

"Les maladies cardiovasculaires :


la première cause de mortalité devant les cancers"

 

On l'oublie souvent, mais les maladies cardiovasculaires (MCV) demeurent la première cause de mortalité dans la plupart des pays industrialisés, devant les cancers, et ce malgré la baisse de la mortalité enregistrée depuis 25 ans. En France, elles sont responsables de 29 % des décès (150 000 par an), juste derrière les cancers (30% de la mortalité).

En cause : les cardiopathies ischémiques (notamment l'infarctus du myocarde), les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les insuffisances cardiaques, responsables respectivement de 27%, 25% et 23% des décès imputables aux MCV. À cela s'ajoutent les séquelles et les handicaps provoqués par les MCV. En France 120 000 personnes sont soignées chaque année pour un infarctus du myocarde et 130 000 pour un AVC. Les accidents ischémiques aigus sont, dans la majorité des cas, la traduction clinique de la maladie athéromateuse, consécutifs à une rupture ou une érosion de la plaque d'athérosclérose et la formation d'un thrombus obstruant la lumière vasculaire
La prévalence de l'obésité se situait à 12,4% en moyenne dans la population adulte en 2006. Selon l'INSEE, cette fréquence a plus que doublé entre 1981 et 2006 (voir l'évolution entre 1997 et 2006 sur la figure 1). Il existe d'importantes inégalités sociales : la prévalence passe de 5% dans les populations les plus favorisées à 18 % et plus dans les populations défavorisées.Il en est de même chez l'enfant : la fréquence du surpoids est de 20% chez les enfants dont le père est ouvrier ou employé contre 12% chez les enfants dont le père est cadre ou exerce une profession intermédiaire. Les populations immigrées sont particulièrement affectées en Ile-de-France comme l'indique une récente étude dans le Val-de-Marne. Si la progression de la prévalence de l'obésité suit sa pente actuelle, notre pays rejoindra la situation actuelle des Etats-Unis vers 2020. L'obésité survient de plus en plus tôt dans la vie,et les formes graves sont de plus en plus fréquentes (trois fois plus en dix ans), notamment chez les enfants et les adolescents. En dehors de ses conséquences majeures sur la santé cardiovasculaire et métabolique (insuffisance cardiaque, hypertension, diabète, dyslipidémies), l'obésité expose aussi aux maladies ostéo-articulaires, respiratoires, hépatiques, inflammatoires et aux cancers. Elle retentit également sur la santé psychologique et sociale (discrimination à l'embauche, stigmatisation, etc.).

À ce constat alarmant s'ajoute une prévalence du diabète sans cesse croissante, avec actuellement plus de 100 millions de personnes diabétiques à travers le monde, 7,8 % de la population européenne et 6,2 % de la population française des 20-79 ans. On estime qu'en 2025, 330 millions de personnes en seront atteintes, soit une prévalence de 6,3 % (9,1 % en Europe, 7,3 % en France) : une augmentation en vingt ans de 74 %. Le diabète augmente de façon considérable le risque de morbidité et de mortalité cardiovasculaires.

Nous faisons face à une épidémie croissante de complications macrovasculaires qui affectent les artères coronaires, les artères périphériques et les carotides, et microvasculaires, de type néphropathie et rétinopathie. La maladie coronaire est la première cause de morbi-mortalité chez le diabétique, avec un risque pouvant être multiplié jusqu'à 4 par rapport au non-diabétique. L'effet délétère du diabète sur l'athérosclérose est tel que le risque coronarien chez la femme diabétique rejoint celui de l'homme diabétique, alors qu'il est nettement inférieur chez la femme non-diabétique. De surcroît, les patients diabétiques sans antécédent d'infarctus du myocarde présentent un risque de développer un syndrome coronaire aigu quasiment identique à celui de patients non-diabétiques avec antécédent d'infarctus du myocarde. La compréhension des mécanismes responsables de l'aggravation de l'athérosclérose chez le diabétique revêt une importance majeure pour améliorer la prise en charge et le traitement des patients diabétiques.