Cribler pour Collaborer

Grace à la mise à disposition l'année dernière d'une nouvelle plateforme technique financée par le CODDIM, l'équipe de biologistes de l'Unité Inserm 769 Signalisation et Physiologie Cardiaque –laboratoire dédié à l'étude des troubles du fonctionnement cardiaque –a pu mettre en route trois projets de recherche visant à identifier de nouvelles molécules qui pourraient éventuellement aider à prévenir l'apparition de l'hypertrophie cardiaque chez l'homme. Dans cette pathologie, aussi appelé « gros cœur », le muscle cardiaque augmente de volume et devient incapable d'assurer le débit adéquat pour couvrir les besoins énergétiques de l'organisme.

L'équipement, « une plateforme de criblage robotisée », a été mis en place au sein de la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, où l'unité est installée depuis 1996. Y sont aussi rassemblés tous les laboratoires de l'Institut d'Innovation Thérapeutique : Du Fondamental Au Médicament (IFR 141). L'idée est de promouvoir, à travers le partage de la plateforme, l'interaction entre ces laboratoires, notamment entre biologistes et chimistes. «Tout d'abord, la plateforme n'aurait jamais pu être acheté par un laboratoire seul –C'est trop onéreux. Ensuite, elle va favoriser la collaboration et la naissance de projets pluridisciplinaires », explique le directeur de l'Unité 769 Rodolphe Fischmeister, qui a aussi dirigé l'IFR de 2002 à 2010.

Une plateforme de criblage est un robot capable de tester et de comparer de manière automatique les effets de milliers de molécules sur une cible choisie. Le criblage permet ainsi d'identifier les molécules qui ont le plus d'affinité avec celle ci. Dans ce contexte, le financement CODDIM a aussi permit l'achat d'une collection de 10 000 molécules à tester.

« Le criblage de chaque molécule sur la cible coute à chaque fois environs 1 euros, il ne faut donc pas se tromper dans le choix des molécules, qui doivent avoir une composition chimique aussi variée que possible », note Rodolphe Fischmeister.

Le premier laboratoire de l'IFR à avoir mis au point des projets assez murs pour se lancer dans l'utilisation de la plateforme est celui de Rodolphe Fischmeister, dont les recherches concernent trois cibles cellulaires qui semblent impliquées dans l'hypertrophie cardiaque.

Par exemple, l'une de ces cibles est une protéine nommée EPAC. EPAC, dont l'expression est régulée dans la cellule cardiaque normale, est surexprimée dans les cellules cardiaques hypertrophiées. «L'idée est donc de déceler un possible inhibiteur d'EPAC, indique Rodolphe Fischmeister. Nous n'en connaissons aucun à ce jour ». A long terme, l'équipe espère développer, à partir d'un inhibiteur efficace et spécifique de EPAC, un médicament capable de prévenir l'hypertrophie cardiaque.

Suite au criblage des 10 000 molécules de leur collection, les chercheurs ont pu isoler une dizaine de candidats potentiels. Ils cherchent désormais à isoler l'inhibiteur le plus puissant et le plus compatible pour une utilisation chez l'homme.

Les deux autres projets du laboratoire concernent aussi la recherche de molécules qui pourraient renverser le cycle pathologique en agissant sur des molécules dont l'activité est désorganisée dans la cellule cardiaque hypertrophique.