Un Cocktail Salvateur

Une nouvelle approche de thérapie cellulaire, concoctée au sein d'une équipe de chercheurs français et testée sur des modèles murins de diabète, pourrait s'avérer être un outil thérapeutique efficace pour éviter l'apparition de troubles vasculaires périphériques graves chez les patients diabétiques.

En effet, chez ces patients, la maladie peut progressivement entrainer une déficience de l'irrigation sanguine des extrémités –une ischémie –surtout au niveau des membres inférieurs. Pour prévenir au mieux l'apparition d'ulcères ou de lésions suite à ces troubles, on tente en premier lieu de contrôler les facteurs de risques.

« On donne de l'insuline aux patients pour abaisser leur glycémie, on leur conseille d'éviter les chaussures étroites, de consulter régulièrement un pédicure, tout ce qu'il faut pour prévenir l'apparition de plaies, rapporte Bernard Levy1, responsable du projet (Unité Inserm 970). Lorsque les troubles apparaissent, des composés pharmacologiques sont utilisés pour tenter de fluidifier le sang, dilater les vaisseaux ».

Néanmoins, si des ulcères cutanés voire une gangrène se développent, ce sont la chirurgie et parfois l'amputation qui sont nécessaires. Chaque année, environs 3000 à 5000 amputations sont réalisées en France à cause du diabète –ce qui représente 5 à 10% des patients diabétiques. « Suite à une amputation, l'espérance de vie des patients ne dépasse en général pas 5 ans, et 30% d'entre eux décèdent dès la première année », déplore Dong Broquères-You, membre de l'unité 970.

Récemment, des études suggèrent que la thérapie cellulaire permettrait de revasculariser les tissus ischémiques. Des efforts se sont donc mis en route dans cette voie pour tenter de trouver une alternative aux amputations. La plupart des tentatives en cours reposent sur l'utilisation de cellules souches issues de la moelle osseuse. « Cependant, le processus de préparation de ces cellules est long, complexe, et les procédures de prélèvement de moelle et de réinjection dans les muscles des jambes sont ensuite douloureuses et risquées, » rapporte Bernard Levy, dont l'équipe s'est lancé dans une approche inédite.

Leur formule consiste à extraire puis traiter les globules blancs (GB) mononucléés des patients par un cocktail à base d'éphrines --molécules capables de transformer une partie des GB mononucléés en cellules pro-angiogéniques stimulant l'angiogénèse, comme les cellules souches. L'approche repose une simple prise de sang. Une fois prélevés, les cellules mononuclées sont isolées avant d'être traitées in vitro puis réinjectés.

Depuis le début de l'année 2009, l'équipe teste l'efficacité et la toxicité de son approche sur des souris. Le docteur Broquères-You, dont le post-doctorat est financé par l'intermédiaire du CODDIM depuis la fin 2010, mène les expériences. Il s'agit de ligaturer l'artère fémorale d'une patte postérieure de ces souris, pour entrainer une ischémie. Des GB mononucléées provenant de patients diabétiques sont traitées puis injectées aux souris par voie intraveineuse. Deux semaines plus tard, l'équipe observe, avec plusieurs techniques d'imagerie, les répercussions sur le réseau vasculaire.

Leurs résultats, qui devraient être soumis pour publication courant 2011, suggèrent que les souris injectées retrouvent en effet une partie de leur vascularisation au niveau des tissus ischémiques. Le prochain objectif est donc de passer aux études cliniques chez l'homme.