Prévenir le diabète par l’insulinothérapie

L'insulinothérapie soigne le diabète mais pourrait-elle le prévenir ? Telle est la question à laquelle tente de répondre Vedran Brezar, thésard au sein du laboratoire DeAR Avenir (INSERM U986, Université Paris Descartes, AP-HP) dirigé par le docteur Roberto Mallone.

L'insuline n'est pas seulement l'hormone qui est produite par les cellules bêta du pancréas. Elle est aussi une des cibles moléculaires de l'auto-immunité du diabète de type 1, et donc un antigène. Etant donné que l'insuline est probablement l'antigène qui déclenche la destruction des cellules beta, l'hypothèse est que son administration avant le développement de la maladie pourrait la prévenir. L'idée est donc de donner l'antigène insuline de façon à neutraliser les lymphocytes T auto-immuns et d'éviter qu'ils s'activent et détruisent les cellules bêta. Cependant, alors que les essais chez la souris semblaient prometteurs, les essais évaluant l'effet préventif de l'insuline injectée en sous-cutané chez les sujets risquant de développer un diabète (apparentés à des diabétiques) ont été décevants.

Pendant sa thèse, financée par le CODDIM, Vedran Brezar a tenté de comprendre le pourquoi de ces échecs, en plaçant des souris dans les conditions dans lesquelles les essais avaient été faits chez l'homme. Dans les mêmes conditions, Vedran Brezar a pu observer que chez la souris, le diabète était retardé mais qu'au fil du temps toutes les souris finissaient par développer la maladie. Autrement dit, l'effet préventif s'estompait à l'arrêt de l'insuline. De plus, cet effet préventif ne pouvait perdurer qu'à des doses d'insuline plus de 1000 fois plus importantes que celles utilisées dans les essais cliniques. Or, si la souris est relativement résistante aux hypoglycémies, une telle augmentation des doses chez l'homme serait associée à des hypoglycémies dangereuses pour la vie.

« C'est une information importante, car elle donne de nouvelles pistes pour de nouveaux essais cliniques. Elle suggère qu'il faudra probablement traiter les patients de façon continue, voire utiliser d'autres types d'insuline pour pouvoir augmenter les dosages » note le chercheur.

Des insulines modifiées, utilisables à des doses plus élevées sans risque d'hypoglycémies pourraient être utilisées. Il s'agit d'insulines dont la séquence normale d'acides aminés a été mutée. Ainsi, les molécules ne se lient plus aux récepteurs à l'insuline et ne présentent pas d'effets métaboliques, tout en gardant leurs effets antigéniques. Une administration des insulines modifiées plus précoce chez les souris nouveau-nées, en utilisant des voies d'administration plus simples et plus sûres telles que la voie orale, sont aussi en cours d'exploration. C'est sur ce terrain que s'orientent désormais les recherches de Vedran Brezar.