L’Origine Controversée d’une Maladie Rare

Dans une étude publiée dans Chest1, une équipe de chercheurs Français a infirmé une hypothèse émise récemment par une équipe américaine concernant une des possible causes de l'apparition de l'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une maladie rare, complexe et encore peu connue.

L'HTAP correspond à un ensemble de maladies qui affecte les petites artères des poumons qui, en s'obstruant, se rétrécissent et entraînent une augmentation de la résistance artérielle pulmonaire. Cette résistance génère une défaillance de la pompe cardiaque qui s'avère, la plupart du temps, mortelle.

En France, l'incidence annuelle de l'HTAP est estimée à environs 2 cas par million d'habitants. « Rare et encore mal connue, ce n'est que tardivement que la pathologie est soupçonnée et diagnostiquée, ce qui la rend moins accessible aux thérapeutiques » regrette le Professeur Bruno Degano, qui a dirigé le travail de recherche français.

Plusieurs facteurs semblent impliqués dans la genèse de ces troubles. Certains patients présentent des prédispositions génétiques. Il a été montré que la prise de médicaments anorexigènes pouvait aussi contribuer à la survenue de l'HTAP. Enfin, la maladie se développe chez 0.5% des malades atteints du VIH.

Il y a quelques années, une équipe américaine2 a observé, sur des coupes histologiques de tissu vasculaire pulmonaire, que les lésions générées par l'HTAP ressemblent fortement à celles qui apparaissent lors d'une infection par le virus responsable du « Sarcome de Kaposi », une maladie qui provoque des tumeurs cutanées. L'équipe a émis l'hypothèse que ce virus, le ?-herpesvirus HHV-8, pourrait jouer un rôle dans l'apparition de l'HTAP.

Les experts américains ont donc cherché des signes d'infection par le HHV-8 dans des prélèvements de tissu pulmonaire chez une trentaine de patients atteints d'HTAP. Cette recherche a révélé la présence de HHV-8 dans dix échantillons.
« Ces résultats ont fait sourire certains, d'autres ont été franchement circonspects, explique B. Degano, qui à l'époque réalisait son post-doctorat dans l'équipe de Marc Humbert3 –spécialiste Français dans le domaine. On a donc décidé de tester cette hypothèse nous mêmes ».

Grâce à une bourse de 18 mois obtenue auprès du CODDIM, B. Degano s'est lancé dans la recherche de la présence d'ADN HHV-8 dans des tissus de 34 patients atteints d'HTAP. Les résultats de son groupe, publiés en 2011, indiquent qu'aucun des échantillons pulmonaires ne présentait d'ADN HHV-8.

« Le rôle de ces herpesvirus dans la pathophysiologie de l'HTAP est donc peu probable, conclut Pr. Degano qui, grâce aux résultats qu'il a généré pendant son post-doc, a pu accéder à un poste au CHU de Besançon, où il travaille désormais à mettre en place un centre de référence HTAP régional. Finalement c'est un peu dommage car s'il y avait effectivement une étiologie virale, cela nous aurait donné au moins une piste thérapeutique pour soigner la maladie. »

Le traitement de l'HTAP reste aujourd'hui symptomatique.