Booster l’élimination du cholestérol

Une équipe de chercheurs français est entrain d'établir le profil de la composition chimique des particules chargées d'éliminer le cholestérol des tissus, ceci chez différents types de patients. Cette information devrait aider à lutter contre le développement de maladies cardiovasculaires.

L'Unité Inserm 9391, dirigée par le Professeur John Chapman, est composée de trois équipes complémentaires spécialisées dans l'étude de l'athérosclérose et des dyslipidémies. L'athérosclérose est un phénomène lié à un déséquilibre du taux de cholestérol circulant dans l'organisme. Ce déséquilibre mène à un dépôt de cholestérol sur les parois des artères, qui voient en conséquence leur diamètre et leur souplesse diminuer petit à petit. Ainsi, l'athérosclérose entraine des complications cardiovasculaires et thromboemboliques –premières causes de morbidité et de mortalité en France.

Le cholestérol circulant dans l'organisme provient de deux sources : une partie est issue de l'alimentation, l'autre est synthétisée au niveau du foie. Les principaux transporteurs engagés dans son acheminement vers les tissus sont les grandes particules de Low Density Lipoproteins (LDL). A l'inverse, les principaux transporteurs responsables de l'élimination du cholestérol des tissus sont les petites particules de High Density Lipoproteins (HDL), qui ramènent le cholestérol jusqu'au foie, où il est excrété dans la bile.

Au cours des dernières décennies, des études cliniques ont révélé que l'incidence des maladies cardiovasculaires est corrélée positivement à l'augmentation du taux sanguin de LDL, et négativement à l'augmentation du taux de HDL.
« Cela veut dire qu'une trop grande quantité de LDL dans le sang contribue au dépôt de cholestérol. A l'inverse, les HDL aident à diminuer cette accumulation néfaste, note le Dr. Anatol Kontush, qui dirige l'équipe chargée d'analyser la composition et la fonctionnalité des particules transporteurs. Ainsi, pour diminuer les taux de cholestérol, on tente d'agir sur la quantité ou la qualité des LDL et/ou des HDL ».

En pratique, la diminution du taux de LDL circulants s'effectue grâce à l'utilisation de médicaments de la famille des statines. « Les statines permettent de diminuer les taux de LDL de 30 à 50%, et par conséquent les risques cardiovasculaires d'environ un tiers », explique A. Kontush. Une autre molécule, la niacine (acide nicotinique), est capable d'augmenter à la fois le taux de HDL tout en diminuant le taux de LDL. Cependant, les effets secondaires liés à cette molécule sont difficiles à supporter.

Les recherches se poursuivent donc pour trouver un moyen efficace et supportable d'augmenter le taux de HDL ou d'améliorer leur fonctionnalité. Dans ce cadre, l'équipe d'A. Kontush se spécialise depuis trois ans dans l'analyse de la composition chimique des HDL, notamment leur composition lipidique ainsi que dans l'étude de la fonctionnalité de ces particules.
« Alors que de gros efforts ont été entrepris pour identifier les différentes classes et sous-classes des protéines qui composent les HDL, nous ne connaissons leur composition lipidique que de manière générique. On connait les classes majeures : les phospholipides, les triglycérides, le cholestérol... mais il y a plus de 200 000 molécules de lipides différents dans l'organisme humain et donc potentiellement dans les HDL », note-t-il.

Au sein de l'équipe, le Dr. Laurent Camont, un post-doctorant ayant obtenu une bourse de 18 mois de la part du CODDIM, mène l'analyse du profil lipidique des HDL chez différents types de patients.
« On étudie les HDL de sujets normaux pour avoir une caractérisation standard, explique-t-il, puis nous étudions ceux de patients à fort risque cardiovasculaire ou qui viennent d'être victimes d'un infarctus. Ainsi, on compare la variation dans la composition lipidique ».

Le plasma de ces patients est prélevé, ultra centrifugé pour y récupérer les HDL. Ces particules sont ensuite étudiées grâce à un spectromètre de masse –la méthode existante la plus sensible pour analyser la composition chimique d'éléments variés. Cet outil de pointe a aussi été financé en partie par le CODDIM, et se trouve à la disposition de plusieurs unités de recherche.

« Pour l'instant, nos résultats préliminaires montrent que plus les HDL sont petites et denses, plus elles sont actives. Cette plus forte activité pourrait être liée, entre autres, à un enrichissement en certains types de phospholipides. Ces mêmes espèces lipidiques peuvent être réduites chez les sujets malades, explique Laurent Camont. Nous espérons ainsi à plus long terme pouvoir arriver à classer les patients selon leur profil HDL, pour les prendre en main de manière mieux adaptée et personnalisée. »