L'importance de l'état nutrionnel en amont de la grossesse

L'état nutritionnel en amont de la grossesse est important pour la santé du futur bébé

Les recherches de l'équipe de Marie-Aline Charles, Directrice de l'équipe « Epidémiologie de l'obésité, du diabète et des maladies rénales: approche vie entière », Inserm U1018, Centre de Recherche en Epidémiologie et Santé des populations, apportent un nouvel éclairage sur l'importance de la variation de la prise de poids de la mère en amont de la grossesse. Un poids trop faible ou trop élevé avant ou au moment de la conception influencerait le développement du fœtus et probablement sa santé ultérieure notamment sur le plan des pathologies métaboliques.

Mieux comprendre comment les variations pondérales de la mère influencent la croissance prénatale et les états pathologiques pendant la grossesse est l'objet de la thèse d'Ibrahima Diouf ; un travail financé par le CODDIM, et coordonné par Barbara Heude.

Cette problématique a été étudiée de deux façons.

Dans un premier temps, l'analyse des enquêtes de surveillances nationales périnatales réalisées depuis 1972 a montré une augmentation de la prise poids moyenne des mères en corrélation avec l'augmentation de poids de naissance jusqu'en 1995. Mais au-delà, le poids de naissance a baissé régulièrement. « Nous avons observé une baisse du nombre de nourrissons avec un poids élevé pour leur âge gestationnel et une augmentation des enfants petits pour leur âge gestationnel. De nouvelles recherches sont nécessaires pour comprendre le pourquoi de cette discordance», précise Ibrahima Diouf.

La deuxième partie du travail de thèse s'est appuyé sur l'étude EDEN (Etude des déterminants pré et postnatal du développement et de la santé de l'enfant), qui a recruté environ 2000 femmes enceintes entre 2003 et 2006 et qui les a suivi jusqu'au 5ème anniversaire de leur enfant.

La première analyse réalisée par Ibrahima Diouf a consisté à évaluer comment les variations de poids avant la grossesse pouvaient influencer le déroulement de la grossesse et la croissance foetale. Le thésard a d'abord calculé la différence entre le poids de la mère au moment de la grossesse et à ses 20 ans. Puis, cette variation a été mise en relation avec la croissance fœtale. Les femmes ont été classées en fonction de leur variation de poids avant la grossesse: "Perte de poids" (n=320), "Prise de poids modéré" (entre 0 et 500g par année, n=721) et "Prise de poids élevé" (+ 500g par année, n=715). « Chez les femmes qui n'étaient pas en surpoids (IMC <25kg/m²), la variation de poids depuis l'âge de 20 ans était liée à la croissance du fœtus. Si elles avaient perdu du poids, il y avait un risque accru de petit poids de naissance, un paramètre lié à la santé ultérieure de l'enfant. Parallèlement, quel que soit l'IMC, la prise de poids avant la grossesse était associée à une augmentation de l'hypertension et du diabète gestationnel pendant la grossesse, » indique Ibrahima Diouf.
Une deuxième publication, en cours, étudie la relation entre la variation du poids de la mère au cours du 1er trimestre et la variation de la croissance fœtale. Elle montre que la variation du poids au 1er trimestre serait associée à celle du poids de naissance indépendamment de l'IMC de la mère avant la grossesse ou de la prise de poids aux 2eme et 3eme trimestres.

Selon le thésard, ces travaux indiquent que la variation du poids avant et pendant la grossesse participe à la croissance foetale et joue probablement un rôle dans la programmation de certaines pathologies comme les maladies métaboliques à l'âge adulte.
« Pour les mères qui sont en surpoids, obèses ou même trop maigres, les interventions pour modifier la nutrition pendant la grossesse ne pourront peut être pas avoir l'effet escompté car certains paramètres sont programmés par ce qui se passe tôt dans la grossesse, voir avant. L'environnement nutritionnel au moment de la conception et de l'implantation est probablement très important pour le développement ultérieur » conclut Marie-Aline Charles.

Aude Lecrubier