Le Ventricule Droit au Cœur des Cardiopathies Congénitales

Au Centre Chirurgical Marie Lannelongue (CCML) du Plessis Robinson, des chercheurs tentent d'utiliser la thérapie cellulaire pour contrecarrer le dysfonctionnement cardiaque consécutif aux cardiopathies congénitales.

L'incidence des cardiopathies congénitales se situe aux alentours de 6 pour 1000 naissances. Autrefois létales à la naissance, grâce aux progrès accomplis au cours des dernières décennies dans la prise en charge médicale et chirurgicale des cardiopathies, aujourd'hui environs 90% des enfants concernés atteignent l'âge adulte.

Mais cette situation entraine un nouveau problème de santé publique : Le nombre d'adultes atteints de cardiopathies congénitales croît d'environ 5% par an. Ces individus présentent une morbidité spécifique liée au dysfonctionnement du ventricule droit, responsable d'une insuffisance cardiaque dès l'âge de 30-40 ans.

A ce jour, si les traitements symptomatiques disponibles permettent de freiner l'évolution de la maladie, d'améliorer la qualité de vie des patients, il n'est pas encore possible de les soigner. Inévitablement, ces individus subissent une mort prématurée liée à leur insuffisance cardiaque.

C'est dans ce contexte qu'une équipe du Centre Chirurgical Marie Lannelongue (UMR CNRS 8162), sous la direction du Dr Jean François Renaud de la Faverie puis celle du Pr. Marc Humbert, a décidé de s'attaquer directement à l'insuffisance cardiaque droite par le biais de la thérapie cellulaire. « Nous somme l'une des rares équipes au monde à nous intéresser à ce ventricule », explique le docteur Virginie Lambert, cardiopédiatre au CCML.

L'équipe a mis au point un modèle expérimental chez le cochon, chez qui les chercheurs induisent, par chirurgie, une insuffisance cardiaque droite. « Sur le plan cardiaque, ces cochons opérés souffrent des mêmes symptômes que les patients atteints de cardiopathies congénitales, précise le docteur Lambert. Ces cochons sont donc d'excellents modèles physiopathologiques pour nos expériences, qui ne peuvent évidemment pas être réalisées chez l'homme ».

Il s'agit ensuite de se procurer des cellules souches prélevées sur des embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro. Ces cellules, dites pluripotentes, ont la particularité pouvoir générer les cellules de tous les tissus de l'organisme. Sur la paillasse, elles sont d'abord orientées vers la formation de cardiomyocytes –les cellules contractiles du cœur. Elles sont ensuite injectées à l'intérieur du cœur droit des cochons, où elles s'intégreront petit à petit au sein de la paroi pour se différencier.

Après trois mois, l'équipe réalise une analyse fonctionnelle du cœur droit des animaux traités, les comparant à ceux de cochons non traités. Pour cela, l'équipe utilise un échocardiogramme ultra-performant, acquit en 2010 grâce à un financement CODDIM. « Le cœur droit est bien moins accessible que le cœur gauche, il est donc difficile de l'analyser avec les outils traditionnels c'est pour cela qu'il faut un échocardiogramme spécialement conçu pour cette tache» explique le Dr. Lambert.

Les cochons sont ensuite sacrifiés, afin de visualiser in vitro l'intégration et la différenciation des cellules souches embryonnaires au sein du tissu hôte.

« Les résultats préliminaires obtenus avec deux premières séries de cochons sont encourageants : Ils révèlent une amélioration de la fonction cardiaque chez les animaux traités par thérapie cellulaire », indique le Dr. Lambert. La consolidation de ces résultats est attendue pour Juin 2012.

(1) Unité mixte INSERM/Université Paris-Sud 11/Centre Chirurgical Marie Lannelongue.